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2018 - Le Choix d'une déesse, de René Morax

La pièce met en scène les débats et critiques suscités par la Fête des Vignerons de 1905, à travers une comédie où s’opposent morale rigoriste et esprit festif. René Morax y détourne avec humour les reproches qu’une bourgeoisie conservatrice exprimait face à la célébration populaire.

RÉSUMÉ

Dans Le Choix d'une déesse René Morax, librettiste de la Fête des Vignerons de 1905, s'est amusé à évoquer les reproches qu'il a entendus, à l'égard des fêtes des Vignerons, par les Cassandre, fidèles tenants du moralisme étriqué d'une certaine bourgeoisie protestante du XIXe siècle: «La Fête est une fête d’ivrognes, une mascarade où les faux dieux usurpent l'adoration due au vrai Dieu, et il est du devoir des gens pieux et amis des convenances de s’en éloigner.» (La Revue du 16 octobre 1905). Cette opinion il la fait exprimer par la bouche du personnage d'Herminie Delajoux, habilement retournée par l'Abbé Levade. La pièce est créée à Vevey le 23 février 1905, cinq mois avant l'ouverture de la Fête des Vignerons, dans le cadre de la Soirée des Secours publics, qui comporte une première partie constituée de chants par la Chorale «le Frohsinn». Elle est reprise le 1er avril devant un public clairsemé à la Maison du Peuple de Lausanne au profit de «l'Œuvre du Trousseau». Nouvelle représentation le 25 février 1906 à la grande salle de l'Athénée de Vevey par le Chœur d'hommes de Vevey-Plan. Le 3 mars 1927 le Casino de Montbenon est bondé pour la 21e soirée de la Chorale de la Pontaise, dont le programme est complété par la pièce de Morax, reprise au Casino de Montbenon le 5 avril dans une soirée organisée par l'Orchestre du Lausanne-Sport en faveur d'Eben-Hézer devant une salle à moitié vide. Le Chœur de dames de Lutry la met à son tour au programme de sa soirée du 16 décembre 1944. Enfin, les 4, 5, 11 et 12 octobre 1968, dans le cadre de l'année Morax, Le Choix d'une déesse est donné avec Isidore, un inédit de l'auteur. Le compositeur Pierre Kaelin a été sollicité pour écrire musiques de scène et chœurs. La mise en scène a été confiée au directeur du Théâtre de Lausanne, Jacques Béranger et Jean Thoos en a brossé les décors. La distribution est dominée par deux interprètes de choix, Jo Johnny et Jane Savigny qui entourent des amateurs qui ne déméritent pas.


NOTE D'INTENTION

En 2018, l’année d'un colloque sur l'histoire du théâtre romand, les responsables de la Grange de Dorigny (Université de Lausanne), cherchaient à fonder une troupe de théâtre qui donnerait l’occasion à la communauté universitaire de se produire sur site. Le Choix d’une déesse tombait à point nommé. C’est ainsi que huit étudiants se sont trouvés réunis pour monter le spectacle. L’absence d’équipe technique, notamment pour les décors et les costumes, les moyens financiers très limités, un casting réunissant cinq femmes et trois hommes pour quatre rôles masculins et quatre rôles féminins constituaient le cadre obligé de la mise en scène, qui allait être indiscutablement différente de celle de la création. La réalisation s’oriente vers le service du texte au moyen d’une approche farcesque et non totalement genrée. L’infrastructure technique de la Grange et la taille du plateau servent magnifiquement un spectacle, dont l’aire de jeu sera déterminée par un cercle de sciure tracé au sol. Omniprésents, les comédiens se placeront à l’intérieur du cercle lorsqu’ils joueront, et à l’extérieur, à vue du public, lorsqu’ils attendront leur entrée. Quelques accessoires et meubles apparaitront et virevolteront au fil des besoins, les comédiens se costumant et se grimant à vue. La disparité des niveaux de jeu impliquera une direction d’acteurs orientée sur les qualités spécifiques de chaque comédien. 

 

L'AUTEUR

René Morax est né à Morges en 1873 à Morges, ville où il décède le 3 janvier 1963. Il est catholique, fils du médecin cantonal Marc-Jean Morax et frère de Jean Morax, décorateur. Après des études de lettres à l'Université de Lausanne il fait des séjours à l'étranger, notamment à Paris où il côtoie le milieu littéraire. Attiré par le théâtre il remporte un premier succès avec La Nuit des quatre temps, une légende dramatique en 4 actes, créée à Morges en 1901 avec une musique de Gustave Doret. L'année suivante il fait jouer à la Maison du peuple de Lausanne une farce vaudoise, Les Quatre doigts et le pouce, ou la main criminelle, qui connaîtra un nombre incalculable de reprises. C'est son œuvre la plus célèbre. La Dîme, pièce historique sur une musique d'Alexandre Dénéreaz, créée à Mézières en 1903, dans un hall de tramway, est un nouveau succès, qui préfigure l'idée du Théâtre du Jorat, concrétisée cinq ans plus tard par une reprise de La Dîme et la création d'Henriette, drame en 4 actes sur une musique de Gustave Doret. En 1905 il est le librettiste de la Fête des Vignerons, dont Doret était le compositeur. Quelques mois plus tôt, sur le thème de la célèbre fête veveysanne, il avait signé une farce Le choix d'une déesse, dont l'un des rôles principaux était tenu par Ernest Ansermet. En 1913 il participe à la fondation des Cahiers vaudois. Morax s'est montré aussi à l'aise dans la fresque historique, la vaudoiserie et le drame social, trois genres représentatifs du théâtre romand de son temps. Il écrit le livret de trois ouvrages d'Arthur Honegger, Le Roi David, Judith et La Belle de Moudon, tous trois créées au Théâtre du Jorat respectivement en 1921, 1925 et 1931. Sa dernière œuvre, Isidore, comédie en un acte avec des chœurs de Pierre Kaelin, sera créée à titre posthume en octobre 1968. Morax est incontestablement un pionnier du théâtre suisse.

 

ANECDOTE

En 1955 peu après la Fête des Vignerons, une institutrice retraitée prolixe en vaudoiseries, Marthe Matter-Estoppey, écrit On demande une déesse, pièce villageoise en 2 actes qui sera créée par le Chœur de dames de Lucens le 8 décembre 1956. L'auteure indiquera: «Bien que cette petite comédie ait été inspirée à l'auteur par la récente Fête des Vignerons, il ne faut y chercher aucune allusion personnelle, l'intrigue étant inventée et les personnages créés de toute pièce». Il est difficile d'imaginer que Matter-Estoppey n'avait pas connaissance du texte de Morax. Elle situe son action dans un milieu paysan vaudois. Denise, l'une des deux filles de Samuel Cavin, «paysan de chez nous, du bon sens, de l'humour, un brin de naïveté» a été pressentie pour incarner la déesse Palès à la Fête des Vignerons au grand dam du père, qui sera finalement convaincu par Emma son épouse. À la réflexion il pense que la promotion de sa fille, vedette éphémère, pourrait rejaillir sur lui et favoriser son avancement politique. Mais c'était une rumeur et c'est Mlle Turrian qui est désignée par le Comité de la Fête pour incarner la déesse. La pièce sera reprise dans une mise en scène de Paul Chevalley, en mars 1958, par «lé Maïentzettes» de Palézieux, une société locale composée de mères de familles. Trois ans plus tard c'est le Chœur mixte de Servion qui la met au programme de sa soirée avec une comédie de… Georges Bernanos Un bon déjeuner. En 1972 c'est l'Écho du soir, club d'accordéonistes de Lucens, qui ne résiste pas au plaisir de jouer ce texte gentiment mièvre, comme aussi la Chanson de Chavannes en 1982, la Chorale «Le Pélerin» de Chardonne-Jongy en 1984 après une exécution d'extraits de… la Messe en mi bémol de Schubert. Enfin en 1996 c'est la Jeunesse du Brassus, qui en éructe les répliques entre le Chili con carne traditionnel et le tournoi de football. Il donne ainsi la dernière reprise identifiée de l'œuvrette de Matter-Estoppey.


DISTRIBUTION

Mise en scène

Olivier Robert

JUSTIN BOLOMEY

Suzanne Balharry

CONSTANT DELAJOUX

Marek Chojecki

L'ABBÉ LEVADE, l'abbé

Cécile Fasel

CHARLES-ISAAC, son fils

Florian Gumy

Mme HERMINIE DELAJOUX

Antoine Klotz

SYLVIE, sa fille

Mayumi Hamada

Mlle ANDRÉANE DU ROSAY

Sophie Desbiolles

NANETTE

Valentine Cuénot


Galerie

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