2026 - Dans la Solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès
Et la seule frontière qui existe est celle entre l'acheteur et le vendeur, mais incertaine, tous deux possédant le désir et l'objet du désir, à la fois creux et saillie, avec moins d'injustice encore qu'il y a à être mâle ou femelle parmi les hommes ou les animaux. Bernard-Marie Koltès
RÉSUMÉ
Dans la solitude des champs de coton est un texte de la maturité de Bernard-Marie Koltès, écrit neuf ans après La Nuit juste avant les forêts et créé trois ans avant la mort du poète. Car il s'agit bien d'une forme de théâtre poétique, rugueux certes, mais illuminé par une magie des mots permanente. C'est la pièce la plus jouée de son auteur et sans doute la plus pure. Plus que toute autre elle ressemble à une symphonie de Brahms ou de Mahler où les thèmes s'entremêlent, reviennent à l'augmentation ou à la diminution, en majeur ou en mineur. Dans une symphonie on n'interroge pas la signification mais l'émotion. Dans La Solitude on admire la beauté crépusculaire et on s'abandonne au sentiment.
Cette tragédie universelle s'articule autour d'un marché entre un dealer et un client, le premier affirmant qu'il a ce que l'autre désire «Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c'est que vous désirez quelque chose que vous n'avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir.» Le dealer ne nomme jamais l'objet du désir. Quant au client il conteste tout besoin, mais pourtant il reste là, à échanger avec son partenaire. On ne connaîtra jamais l'objet du deal, objet licite ou illicite, besoin de reconnaissance, quête métaphysique. La force de la pièce réside dans la tension entre deux personnages que tout semble séparer, ces «deux zéros bien ronds, impénétrables l'un à l'autre, provisoirement juxtaposés, et qui roulent, chacun dans sa direction». La tension repose sur une violence latente qui pourrait à tout moment déborder en affrontement physique, déraper dans l'injure. Le feu couve sous la cendre, mais est-il domesticable, est-il purement et simplement raisonnable?
NOTE D'INTENTION
Les deux comédiens distribués avaient exprimé l'envie de jouer Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès. Pour ma part j'avais monté il y a quelques années La Nuit juste avant la forêt et je gardais de ce travail un souvenir passionné. Je savais que La solitude serait plus difficile à mettre en scène car tout l'aspect charnel, affectif et tendre de La Nuit n'y figurait pas et que Koltès poussait là vers une abstraction plus absolue, vers une radicalisation. La langue était la même dans les deux textes, toujours aussi fascinante avec ces répétitions, son absence de pathos, son économie d'adverbes et d'adjectifs qualificatifs, cette mayonnaise qui masque parfois la médiocrité ou la banalité. Koltès ne donne aucune didascalie. C'est au metteur en scène de se débrouiller pour lui être à la fois fidèle et transgressif. Dans un tel texte la mise en scène ne peut naître que de la confrontation des acteurs. Elle se construit au fil du travail à partir d'un plateau vide qui se remplira ou non, mais uniquement des éléments strictement indispensables à la réalisation des intentions. Olivier Robert.
L'AUTEUR
Bernard-Marie Koltès est un auteur fascinant, un météore théâtral mort prématurément à 40 ans, comparable à Arthur Rimbaud en poésie ou Jean Vigo au cinéma. Il a laissé une œuvre immense lui conférant la stature de l'un des plus grands dramaturges du XXe siècle. Inspiré par ses voyages en Afrique et en Amérique il a produit des textes forts qui explorent les thèmes de la violence urbaine, des relations de pouvoir, de la solitude, des difficultés de communication. Comme Jean-Luc Lagarce il a réinventé une langue théâtrale, à la fois sobre dans la forme et foisonnante dans le fond. Sa rencontre avec Patrice Chéreau l'a propulsé dans les années 1980 au pinacle des auteurs de théâtre contemporain dont il n'est jamais redescendu. Il meurt du sida en 1989 et plusieurs décennies plus tard son œuvre continue à rayonner sur toutes les scènes du monde
DISTRIBUTION

Olivier Robert — adaptation et mise en scène
Après des études au Conservatoire de Lausanne (classe de Daniel Spiegelberg), suivies d’une formation à Paris, Olivier signe quelques dizaines de mises en scène tant de théâtre que d'opéra ou d'opérettes. En 2018 il est sollicité par la Grange de Dorigny pour créer une compagnie avec laquelle il monte Le Choix d’une Déesse de René Morax (2018), Nuit gravement au salut d'Henri-Frédéric Blanc (2019) et Inconnu à cette Adresse de Kressmann Taylor (2021). Il crée ensuite la compagnie Ambre Rouge en 2022 et y met en scène La Nuit juste avant les Forêts (2022) de Koltès et Cher Menteur (2024), dans sa traduction de Jean Cocteau, puis Portrait de famille (2025).

Robin Segurendo — le client
Robin s'est formé à l'Acting Line Studio de Genève. Un travail qu'il a complété par des Workshops, notamment en Casting avec Laurent Courant, en Cascades, avec Olivier Schneider et Estelle Darnault et en Jeu face caméra avec Alain Beliner. Doté d'un physique athlétique il pratique la natation, le cyclisme, le sprint et le snowboard. Parfaitement bilingue il a collaboré à divers projets cinématographiques en anglais et en français commeWinter Palace, ouLa Sirène. Il a dirigé les acteurs pourRépétition finaleetL'École des bas-bleus, deux courts-métrages présentés à Neuchâtel en 2026Au théâtre le public l'a applaudi dans une adaptation deLa Ferme des Animauxd'Orwell ou dans une adaptation d'Erich Maria Remarqueen juillet 2024. Avec Ambre Rouge il a joué le rôle de l'adolescent turbulent Patrick, dansPortrait de famille, de Denise Bonal.

Christian Dustour — le dealer
Christian Dustour a été formé au Conservatoire d’art dramatique de Genève et au Cours Simon à Paris. Il a joué dans plus de trente pièces de théâtre. Ces dernières années, on a pu le voir incarner l’écrivain Willem dans Rêves de Wajdi Mouawad, Latshek, le personnage principal de Funérailles d’hiver de Hanokh Levin ou encore le milliardaire Palensky dans la comédie On décongèle Papy (d’après Hibernatus avec Louis de Funès) qui a été en tournée dans les grands théâtres romands (Octogone de Pully, Théâtre de Marens à Nyon etc. ). Il a mis en scène neuf spectacles dont cinq de ses propres pièces. On a pu le voir à la télévision et au cinéma. Il a joué avec Franck Dubosc (Un Ours dans le Jura), il a incarné un Capitaine de Police dans Aimons-nous vivants un film de Jean-Pierre Améris, dans lequel il donne la réplique à Gérard Darmon et Valérie Lemercier. Il était le Bailli de Corbières dans Catillon de Val Riedi et un des rôles principaux de Mauvaise graine le long métrage (thriller) d'Akim Sakref tourné en 2026 en région Auvergne Rhône Alpes.

