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2022 - La Nuit juste avant les forêts
de Bernard-Marie Koltès

La Nuit juste avant les forêts suit un homme seul, étranger, errant la nuit sous la pluie dans une ville hostile. À travers un long monologue, la pièce explore la solitude, le rejet et le désir de rencontre, où seule la parole devient acte.

Présentation


Un homme, étranger, erre la nuit sous la pluie dans une métropole hostile. Il évoque ses rencontres sans lendemain, la vie telle qu’il la subit, telle qu'il la rêve. Les thèmes traditionnels de Koltès sont déjà présents dans cette œuvre d'un auteur de 29 ans: la solitude absolue de l’être, la confrontation à autrui, le travail, l’amour, la violence, le rejet, l’oppression sociale. La Nuit juste avant les forêts pose la question de l’Autre. Indifférent, inquiétant, rassurant parfois. C'est surtout un chant d'amour désespéré. On ne saura jamais à qui «Je» se confie, on n’ignorera à qui s’adresse le «Tu» de l’incipit «Tu tournais le coin de la rue lorsque je t’ai vu», ce camarade qui apparaît et disparaît et qui n’est peut-être que le fruit d’une imagination enfiévrée. La parole est lâchée et se déverse à flux continu. Elle ne s’arrêtera plus avant la fermeture des guillemets soixante-dix minutes plus tard. Dans La Nuit juste avant les forêts, seule la parole est acte, toutes les actions racontées sont passées, nous n’en connaissons que l’impact.


La Nuit juste avant les forêts est l’une des premières pièces de Bernard-Marie Koltès, sans doute le plus novateur des dramaturges français de la seconde moitié du XXe siècle. La langue est extraordinairement concrète, la construction est un labyrinthe où les thèmes, les leitmotivs, les contrepoints, les harmonies s’agencent et s’entrelacent avec la simplicité évidente et la complexité implacable d’une symphonie de Mahler.


Mise en scène


En 1998 j'avais vu à Avignon une version de la pièce proposée par Christophe Laparra formidable serviteur de Koltès. J'étais sorti sonné et bouleversé par la représentation. De quoi était-elle faite? De pluie, sans doute, mais surtout de rythme et d'émotion. J'ai couru après ce souvenir mais jamais plus je n'ai retrouvé ces sensations. Aussi lorsque l'occasion s'est présentée de monter la pièce c'est autour du rythme et de l'émotion que nous avons choisi de travailler, Nicolas Sacroug et moi-même.


Chez Koltès l'essentiel c'est le verbe. Dans La Nuit juste avant les forêts tout artifice tend vers le pléonasme. Nous nous sommes concentrés sur un trio essentiel, le texte, l'émotion et le rythme. La pièce est un chant d'amour qui oscille entre lumière et obscurité entre espoir et désespérance. Un acteur détrempé déambule dans une boîte noire vide. C'est la lumière qui rythme le propos, l'émotion est soutenue par une dizaine de séquences musicales, faisant alterner la polyphonie de Jean-Sébastien Bach et la pureté nostalgique du duduk arménien.


C’est un formidable défi théâtral que l’auteur lance, laissant un champ infini de possibles à l’acteur et au metteur en scène, ne fournissant aucun fil d’Ariane pour sortir du dédale. Les voilà aussi seuls et déboussolés que le narrateur mais surtout libres de leurs choix artistiques. Aucune didascalie, aucun paragraphe pour diviser le texte, aucun point pour déterminer des phrases, chaque mise en scène de la pièce est donc unique, ébauche de solution, pose de jalons pour conduire le spectateur de l’ouverture des guillemets «Tu tournais le coin de la rue lorsque je t’ai vu, il pleut, jusqu’à leur fermeture: «quel fouillis, quel bordel, camarade, et puis toujours la pluie, la pluie, la pluie, la pluie». Nous avons voulu faire aimer ce texte plutôt que de tenter de l’expliquer. Nous avons voulu que «Je» soit un jeune homme paumé, contrasté, touchant, un archange de banlieue, «un loulou laissé au coin d'une rue, que le moindre courant d'air emporte et envolerait».


DISTRIBUTION


Nicolas SACROUG, jeu


Les cours de l’Atelier Théâtre au Point d’Interro à Genève puis un stage au cours Florent à Paris où il est admis au Cycle de Formation confortent Nicolas dans sa vocation théâtrale. Il suit alors trois ans de cours au Conservatoire de Genève en théâtre et participe à divers courts-métrages et à plusieurs projets dans le cadre de la formation Eracom. Il suit le cours de théâtre et cinéma à l’Ecole de Laurence Lerel à Lausanne, campe une silhouette dans le film The Last Face de Sean Penn avec Charlize Theron et Javier Bardem.


Il a participé à la plupart des spectacles de la Troupe de la Grange depuis 2019. En 2022 il sera le personnage de La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès et en 2023 le Georges-Bernard Shaw de Cher Menteur de Jérôme Kilty.


Olivier ROBERT, mise en scène, lumières et son


Après des études au Conservatoire de Lausanne, suivies d'une formation à Paris il crée dans les années 90 une compagnie théâtrale, Le Théâtrophil, pour laquelle il signe de nombreuses mises en scène dont Chat en poche de Georges Feydeau, L’Accusateur public de Fritz Hochwälder (repris à Paris), Jacques le Fataliste et son maître de Denis Diderot (repris à Chollet). Puis il est engagé pour Le Petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry, L’Atelier de Jean-Claude Grumberg (tournée en France), Les Marchands de gloire de Marcel Pagnol, Brocéliande d’Henry de Montherlant, Les Bonnes de Jean Genet, La Voix humaine de Jean Cocteau, Bent de Martin Shermann, Danser à Lughnasa, de Brian Friel, etc. Il se dirige ensuite durant une dizaine d’années vers la mise en scène lyrique avec Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc, Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet, Le Monde bis de François Margot, trois opérettes de la Grande Guerre, etc. En 2018 il est sollicité par la Grange de Dorigny, théâtre d’accueil, pour créer une compagnie rattachée à la structure avec laquelle il monte Le Choix d’une déesse de René Morax (2018), Nuit gravement au salut d’Henri-Frédéric Blanc (2019), Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor (2021), puis, avec Ambre Rouge La Nuit juste avant les forêts (2022) de Bernard-Marie Koltès.

Galerie de projets

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