2026-2027 La Peur
de Bertold Brecht
Adaptation par Olivier Robert
La Peur de Bertolt Brecht met en regard l’insouciance du quotidien et la montée progressive de la peur et de l’extrémisme. Par l’alternance de farce et de sketchs, le spectacle interroge la parole, la suspicion et la responsabilité individuelle face à l’Histoire.
Ambre Rouge monte La Peur de Bertolt Brecht, une pièce qui fait écho à notre époque, comme elle le faisait quand elle a été écrite dans les années 1930. Un siècle plus tard, rien n'a changé et dans une situation d'insécurité politique, les peuples sont démunis. La pièce oppose une époque d'insouciance à la montée des extrémismes avec ses risques de dérives, ses classes populaires déboussolées, la suspicion de l'autre, la dénonciation du voisin. En période d'instabilité la parole doit être contrôlée, les mots ne sont plus innocents. Il nous semblait qu'il était temps de mettre sur scène ce projet, en germe depuis une vingtaine d'années. Le fond est grave mais sa forme fait alterner farce et sketchs. Alors la pièce est drôle et accessible à chacun. C'est un spectacle familial. Les enfants y verront des histoires, les parents des métaphores ou des paraboles.
La compagnie Ambre Rouge est composée de comédiens issus de formations d'acteurs professionnels à Paris (Cours Florent, Sophie Akrich…) et à Lausanne (Manufacture, Acting Line Studio…).
La Peur est un spectacle inédit d'environ 1h40. La mise en scène se veut lisible avec une scénographie claire et précise. À aucun moment la pièce n'est pesante. La première partie, la farce, est travaillé dans le mouvement. Cela virevolte: tours de magie, danses de salon, chansons; c'est la fête. La seconde partie – les sketchs – est plus épurée, avec une mise en scène esthétisante et symbolique. La brièveté des textes la rend limpide. Le sentiment de peur évoqué; il est présent et insidieux. C'est l'évocation d'une Histoire avec un grand H, qui repasse les plats, pour notre plus grand malheur de citoyens et notre plus grand bonheur de spectateurs.
Résumé
La pièce est divisée en deux temps encadrés par le même court sketch (Maladie professionnelle) dans deux atmosphères opposées.
Maladie professionnelle 1925. Un malade est étendu dans son lit. Le corps médical l'examine. On s'interroge sur les causes de son hospitalisation. Le diagnostic est sans appel, il s'agit d'une banale maladie professionnelle.
La première partie est une version légèrement raccourcie de Noce chez les petits bourgeois, une farce de jeunesse de Bertolt Brecht (1919). Elle évoque le repas de noce de petites gens dans l'Allemagne de la République de Weimar. Ils n'ont aucune conscience politique, sont d'une médiocrité touchante. Ils parlent de tout et surtout de rien, ils sont méchants et touchants sans le vouloir. Chez eux la parole est gratuite et ne porte pas à conséquence. Ils font bonne figure. Ils rient, le public aussi. Chacun est là pour faire la fête. Mais quelle fête? Le père Albert tente de raconter des histoires horribles qui n'intéressent personne, Théo fait des tours de magie. Franz pousse la chansonnette, Karl, le marié, a tenu a fabriquer ses meubles lui-même avant la noce. Il est tellement fier du résultat. Mais cela a pris du temps et sa fiancée Suzy, ne peut désormais plus cacher sa grossesse avancée. La soirée est piteuse, Suzy a raté tous ses plats. Et les meubles de Karl se brisent l'un après l'autre sous le poids des invités. Lorsque le jeune couple se retrouve seul, le bilan est déprimant, l'appartement est une ruine, métaphore d'un monde qui s'écroule. Pour les jeunes mariés le départ des invités est un soulagement. Ils vont enfin goûter pleinement à leur nuit de noce. Mais le lit s'effondre à son tour tandis que de la radio, leur cadeau de noce, éructe un discours du Führer, de plus en plus fort, de plus en plus insupportable.
Dans la seconde partie l'humour se glace dans la peur de la délation. Klaus-Heinrich, l'enfant du couple a 10 ans. Ses parents l'ont inscrit aux les jeunesses hitlériennes. Les mêmes protagonistes se retrouvent entraînés malgré eux, par la montée de l'extrémisme, sans y être préparés. Le rire est devenu jaune. Désormais la parole n'est plus gratuite. Il faut faire attention à tout et à tous, la dénonciation menace, on se méfie de chacun, de son fils, de son voisin. Trois sketchs de Grand Peur et Misère du Troisième Reich (1935) constituent cette seconde partie. Ils résonnent, aujourd'hui encore, d'une terrible actualité.
L'indic. Un groupe attend on ne sait quoi sous la pluie, blottis sous un énorme parapluie; au loin des bruits d'avions. Les gens ont peur, on cause de choses et d'autres, mais la parole n'est pas innocente. Klaus-Heinrich, le petit garçon de Karl et Suzy disparaît soudain. On s'inquiète, on le recherche, on s'affole, on suppose le pire. Et si on avait dit quelque chose qui puisse être mal interprété. Et si Klaus-Heinrich était allé dénoncer ses parents?
Le militant. Une queue à la porte d'une boucherie vide. Le fils du boucher a été arrêté pour marché noir. Il avait refusé d'exposer des jambons en carton. Quant au père il s'est pendu dans sa vitrine vide. Il avait voté pour Hitler.
La craie. Par jeu le S.A. Théo pousse un de ses invités à parler contre le régime pour lui montrer comment il fait pour arrêter les suspects sans se faire remarquer. Est-ce un jeu? Chacun se méfie. Mais Théo est un fin malin. Il se souvient des tours de magie qu'il faisait à l'époque du mariage de Karl. Resté seul avec sa femme Minna, Théo se prépare à partir pour un exercice de nuit. Mais quelque chose semble s'être cassé. La jeune femme est bouleversée par le jeu de dupes auquel elle a assisté. Le couple survivra-t-il?
Maladie professionnelle 1935. Un homme assis sur une chaise, les mains liées dans le dos. Il a peut-être été torturé. On l'examine sans ménagement, on s'interroge sur ce qu'on va dire. Origine officielle de la maladie: chute dans les escaliers: on dira que c'est une maladie professionnelle.
SCÉNOGRAPHIE
La tonalité visuelle de la pièce est noir-blanc pour le repas de noce et sépia comme une vieille photo pour la seconde partie. Tous les personnages sont vêtus de déclinaisons de brun, beige, noir et blanc. L'évocation de la S.A. se fait uniquement au moyen de brassards rouges avec un cercle noir et une croix blanche (non gammée). Le côté dramatique pourra être souligné par des éclairages très crus (blanc corrigé) dans certains sketchs de la seconde partie.
MUSIQUE
La musique joue un rôle important dans la dramaturgie. Elle intervient comme ponctuation en début et fin de pièce, entre les parties et les sketchs. Il s'agit presqu'essentiellement de tangos de l'accordéoniste argentin Juan José Mosalini (style Astor Piazola).
Olivier Robert, mise en scène
Parallèlement à des études de français et d’histoire à l’Université de Lausanne et de piano au Conservatoire de cette ville (classes de Denise Bidal et Daniel Spiegelberg), suivies d'une formation musicale théorique, il commence à mettre en scène des productions scolaires et des vaudevilles avec des groupes d’enfants et d’adolescents. En 1984 il fonde la troupe Théâtrophil dont il assure la direction artistique de 1992 à 1994. Il y signe les éclairages du Roi se meurt d’Ionesco et met en scène entre autres Chat en poche de Georges Feydeau. Après une formation professionnelle à Paris, il se dirige vers un théâtre plus littéraire et historique en montant L’Accusateur public, de Fritz Hochwälder, présenté à Lausanne en Paris en 1989, puis une adaptation de Jacques le Fataliste et son maître, de Denis Diderot à Lausanne et Chollet où la pièce est primée pour sa scénographie.
Ce seront ensuite entre autres Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry (1992), L’Atelier, de Jean-Claude Grumberg (Lausanne, La Tour-de-Peilz, Morteau, Narbonne, 1996). En 1996 il prend la présidence de la Commission culturelle de l'Université de Lausanne. En 1997 il monte Les Marchands de Gloire (Pagnol), Brocéliande (Montherlant), Le Bel Indifférent et La Voix humaine (Cocteau) et Les Bonnes (Genet). Suivront des œuvres aussi diverses que Bent (Martin Shermann), Nuit gravement au salut, lecture d'un roman d'Henri-Frédéric Blanc (tournée en Suisse romande), L'Homme qu'il nous faut, monologue de Michel Bühler (2001), Danser à Lughnasa, de Brian Friel (2002).
Parallèlement il effectue plusieurs incursions dans le répertoire lyrique avec Dialogues des Carmélites de Bernanos-Poulenc (Lausanne et Paris 1995), puis Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet, dans sa version originale jamais donnée en Suisse. Suivront notamment la direction scénique d'un workshop d'opéra à Montreux (Casino), la création mondiale du Monde bis, opéra contemporain de François Margot, monté au théâtre Barnabé de Servion (2007).
Il collabore durant dix ans avec La Radio Suisse romande Espace 2 pour des émissions d'histoire et d'archives musicales, puis il reprend un travail de metteur en scène en réalisant trois opérettes de la guerre de 1914-1918 pour les cent ans du début du conflit. Avec Ambre Rouge il a monté Le Choix d'une déesse, de René Morax et Nuit gravement au salut, d'Henri-Frédéric Blanc, à la Grange de Dorigny, Inconnu à cette adresse de Kressman Taylor et La Nuit juste avant les forêts, de Bernard-Marie Koltès à l'Abbaye de Montheron, Cher Menteur de Jérôme Kilty (trad. Jean Cocteau) et Portrait de famille de Denis Bonal à Pully.
En 2026 il mettra en scène La Peur de Bertolt Brecht, Dans la solitude des champs de coton de Koltès et deux pièces d'Eugène Ionesco, puis en 2027 La Ville dont le prince est un enfant d'Henry de Montherlant. Olivier Robert est aussi l'auteur d'une douzaine de livres dont plusieurs relatifs à l'histoire sociale et culturelle, avec trois volumes consacrés au théâtre suisse.

