2025 - Portrait de famille, de Denise Bonal
Portrait de famille raconte le quotidien d’une famille populaire confrontée aux difficultés de la vie ordinaire. À travers une tranche de vie simple et actuelle, la pièce explore les tensions, les liens et les fragiles équilibres qui traversent le foyer.
Présentation
Portrait de famille c'est une famille étrange et drôle, c'est une famille exemplaire, c'est une de ses familles qu'on croise sans jamais entendre le son de sa voix, c'est une de ces familles dont on pourrait dire qu'elle se situe un quart d'heure avant le Lumpenproletariat (sous-prolétariat) et qui me fait un peu penser à cette cabane de Charlot dans La Ruée vers l'or dont on se demande toujours si elle va tomber dans le vide. C'est l'histoire d'une de ces familles qui vivent dans une sorte de déséquilibre; ce qui m'intéressait c'était de donner à Louise au milieu de sa famille, cette énergie nécessaire pour vivre, ce rôle de guerrière, cette façon qu'elle a de ramasser les dés que le hasard lui a donné et d'essayer d'en faire une vraie partie. C'est la vie même, c'est la vie quotidienne, c'est la vie avec des retours vers son enfance, avec l'autre femme qui habite un peu en elle, qui n'est pas la même que celle de tous les jours. Une femme qui a eu sa vie privée un peu enfoncée à l'intérieur d'elle-même, une vie rêvée, une vie qui dérape un peu de temps en temps.
Denise Bonal, 1986 sur FR3
Denise Bonal
Comédienne et dramaturge, née en 1921 à Oued Alleug en Algérie, dans la plaine de Mitidja en 1921, elle est décédée à Paris en 2011. Elle passe son enfance dans son village où il n'y que trois maisons. Sa mère sera son unique institutrice. Elle arrive à Paris en 1933 et entre au lycée Fénelon. En 1939 elle fait une hypokhâgne pendant deux ans et monte une première pièce Aucassin et Nicolette pour dénoncer l'occupation allemande. Elle s'inscrit au cours de Charles Dullin et en 1951 elle est engagée comme comédienne à la comédie de l'Ouest à Rennes pour sept semaines. Elle y reste 15 ans, créant des nouvelles radiophoniques. En 1971 elle entre au Théâtre National de Strasbourg et devient professeure au Conservatoire à rayonnement départemental de Roubaix. En 1974 sa pièce Légère en août lui ouvre la porte du succès. Son théâtre s'intéresse à la réalité quotidienne et aux histoires de famille (Portrait de famille, Une femme sans conséquence, Les Pas perdus, Féroce comme le coeur…). En 1983 elle est nommée professeure au Conservatoire national supérieur de Paris en même temps que Daniel Mesguisch, en remplacement de Jean-Pierre Miquel et de Jacques Lasalle. Elle enseigne également au Cours Florent. Elle obtient le prix du Théâtre de la SACD en 1986, le prix Arletty en 1990, le prix European Drama en 1994, le Molière du meilleur auteur francophone en 2004 pour Portrait de famille et en 2006 le deuxième Grand prix de littérature dramatique pour De Dimanche en dimanche. Au théâtre elle a joué Hugo, Shaw, Shakespeare, Giraudoux ou Goldoni. Au cinéma elle a joué Madame Villano dans Essaye-moi d'un de ses anciens élèves, Pierre-François Martin-Laval, la «cascadeur» des Robins des bois.
«Qu’elle les moque ou qu’elle les mette en danger, Denise Bonal garde toujours une grande tendresse pour ses personnages. Gens ordinaires, ouvriers, femmes fortes, telles sont les figures récurrentes de son œuvre qui, à la manière du pointillisme, avance par touches sensibles et poétiques. Lier l’intime et une forte conscience sociale, les petits riens et de grands desseins, voilà le chemin d’écriture de cette passeuse d’histoires.[1]»
Portrait de famille
La pièce est créée du 15 avril 1986 au 31 mai 1986 (35 représentations) au Théâtre de l'Est Parisien, dans une mise en scène de Philippe Mercier avec Véronique Silver, Jacques Pieiller, Henri Virlogeux, Catherine Benhamou, Didier Kerckaert, Daniel Znyk, Laure Duthilleul. François Ozon, y fait ses débuts comme jeune stagiaire.
En 2004 la pièce est reprise et est couronnée du Molière du meilleur auteur francophone vivant. Vingt ans plus tard elle n'a pas pris une ride car ses personnages sont universels.
Le texte nous entraîne au cœur des petites misères du quotidien, de ces gens qui se saignent, aux quatre veines et font des sacrifices pour joindre les deux bouts. Mais sous la plume de Denise Bonal, c'est drôle, horriblement drôle.
Tranche de vie Portrait de famille raconte le quotidien d'une famille qui vient tout juste d'emménager dans son nouvel appartement. Chaque membre tente de trouver sa place et des solutions aux problèmes d'un quotidien morose. Comme le dit, la mère Louise: «On s'est pas fait remarquer que c'est pas plus mal.» C'est une sorte de Mère Courage usée par la vie mais pivot de sa tribu. Il y a le fils aîné Albert, celui que sa mère préfère peut-être pour sa différence, abonné au suicide raté, sa sœur Armelle, la fille enceinte, qui se croit mal aimée et le fait savoir, affublée de Raymond, son compagnon qui pourrait être son père, pique-assiette et allergique au travail. Le frère cadet c'est Patrick, petit délinquant à ses heures, né d'un improbable et fugace premier lit, amouraché d'Assia, une jeune kabyle lumineuse dont il ne sait pas vraiment le nom de famille. Il veut la faire entrer dans le clan familial qui est partagé entre résistance et fatalité, au risque de bouleverser un équilibre déjà instable. Ce sont six trajectoires qu'explore l'auteure dans une tranche de vie sans véritable fin.
Note d'intention
Le texte de la dramaturge n'a pas pris une ride. Ce constat fait, vingt ans après la création, lors de la reprise de 2004, qui valut un Molière à son auteure, est le même aujourd'hui. La pièce a quarante ans et son propos reste brûlant d'actualité. Ambre Rouge s'intéresse à un théâtre social; le théâtre de Bonal et particulièrement Portrait de famille en est un parfait exemple. Le travail que chaque acteur doit mener pour trouver son personnage fait partie des enjeux d'une pièce comme celle-ci. Il s'agit de donner de la vérité à chacun de ces êtres banals et monstrueux, sans les condamner. Il faut juste les regarder vivre, les aimer malgré leurs failles, vivre leur résistance dans ce fragile équilibre familial toujours près de vaciller, confronté aux aléas du quotidien. La scénographie n'est pas indiquée par l'auteure ce qui laisse ouverts tous les choix en matière de décors, de costumes, d'ombre et de lumière, comme également la grande économie de ponctuation.
En tant que metteur en scène je pars toujours du choix musical dans l'élaboration d'un spectacle. Elle me donne la colonne vertébrale. Les musiques choisies donnent les pistes à explorer pour créer les ambiances. Le travail à la table avec les comédiens est toujours long, de quelques semaines à plusieurs mois, et constitue une lente maturation. Il va jusqu'à ce que les textes soient sus au rasoir. Les personnages se dessinent, ils se fondent progressivement dans les acteurs qui les incarnent. La scénographie nait de ce travail préliminaire, de la litanie, puis de la poésie du texte. Un jour les évidences sont là et il est alors temps d'animer les personnages. Leurs mouvements naissent de l'intérieur sans a priori et il s'agit désormais de les coordonner, de donner du sens à l'ensemble et de canaliser des énergies distinctes vers un objectif commun. Désormais les mouvements dans sont dictés par les attractions et les rejets, les regards, le rythme du texte et la position relative des acteurs dans l'espace. Il n'y a pas de bons et de méchants dans Portrait de famille, juste six trajectoires humaines émouvantes et presque désespérées, dont les démons respectifs s'affrontent et se confrontent (la colère, la jalousie, la paresse, le rejet social, le racisme) qui se croisent ou se rejoignent. La mise en scène travaille à donner à chacun de ces six pécheurs sa part d'humanité.
DISTRIBUTION
Olivier Robert — mise en scène
Après des études au Conservatoire de Lausanne (classe de Daniel Spiegelberg), suivies d’une formation à Paris, Olivier signe quelques dizaines de mises en scène dont L’Accusateur public de Fritz Hochwälder (repris à Paris), Jacques le Fataliste et son Maître de Diderot (repris à Chollet). Il est engagé ensuite pour Le Petit prince de Saint-Exupéry, Les Marchands de Gloire de Pagnol, Brocéliande de Montherlant, Les Bonnes de Genet, La Voix humaine de Cocteau, etc. Il pratique régulièrement la mise en scène lyrique avec entre autres Dialogues des Carmélites de Poulenc, Les Pêcheurs de Perles de Bizet, Trois opérettes de la Guerre de 14. En 2018 il est sollicité par la Grange de Dorigny pour créer une compagnie avec laquelle il monte Le Choix d’une Déesse de René Morax (2018), Nuit gravement au salut d'Henri-Frédéric Blanc et Inconnu à cette Adresse de Kressmann Taylor (2021). Il crée ensuite la compagnie Ambre Rouge en 2022 et y met en scène La Nuit Juste Avant les Forêts (2022) de Koltès et Cher Menteur (2024), dans sa traduction de Jean Cocteau.
Annie Chemla — création lumières
Exploratrice passionnée des arts vivants, Annie trace son chemin entre scène et coulisses. Au cours de sa formation au jeu d’acteur chez Acting Line Studio et sen ’initiant à l’improvisation théâtrale, elle explore différentes facettes du spectacle. Sa curiosité et sa polyvalence l'ont amenée à investir la photographie de spectacle, la communication, la production et, désormais, la régie lumière. Convaincue que la culture et le social se nourrissent mutuellement, elle s’engage activement dans des projets mêlant créativité et partage. Elle rejoint Ambre Rouge en 2024 pour le projet Portrait de famille de Denise Bonal dont elle assure la création lumières.
Myriam Schneider — Louise
Myriam a toujours aimé les spectacles. D'abord dans le public, et puis rapidement sur scène, dans des chorales, des troupes de danse ou de comédie musicale. C'est à 11 ans seulement, quand elle commence à se former avec Cecile Xambeu, qu'elle comprend que c'est le théâtre qui l'anime vraiment. Théâtre d'improvisation avec Cecile dans un premier temps, puis quelques pièces comme Occident (Rémi de Vos) ou La Tigresse (Gianina Carbunariu) durant ses années lycée, sous la direction de Béatrice Anselmo. Durant ses études universitaires, Myriam continue l'improvisation sporadiquement. À 25 ans, et après avoir fini son Master de science politique à l'université de Lausanne, elle décide de se lancer dans un nouveau projet théâtral.
François Burnand — Raymond
François Burnand a choisi, dès sa retraite, de consacrer le plus clair de son temps à l'expression orale et à la scène. Choriste tour à tour à Mühlheim an der Ruhr en Allemagne, dans l'ensemble Bach de Paris sous la direction de Justus von Websky, dans le chœur du CERN à Genève et à l'Ensemble vocal et instrumental de Rolle, il a chanté un grand nombre d’œuvres du répertoire classique. Habitué des studios en tant que lecteur de livres enregistrés et membre de la troupe de théâtre Polyphonie au profit de la Bibliothèque Sonore Romande, il est également prédicateur laïc au sein de L'Église Évangélique Réformée Vaudoise. Après un passage par le cours Florent à Paris, François Burnand a été élève du cursus professionnel de l’école de théâtre et de cinéma Acting Line Studio à Lausanne. Il continue à se former auprès d’Antonin Noël, diplômé de La Manufacture – Haute École des Arts de la Scène.
Jade de Vasconcelo | Assia |
Anthony Daenger | Albert |
Robin Serugendo | Patrick |
Matilda d'Imperio | Armelle |

Galerie de projets








